[Kopipaste] La figure 7 se construit en dessinant une poche

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Thu Aug 29 14:56:21 CEST 2013


« POURQUOI NOUS COMBATTONS »


  La quatrième guerre mondiale a commencé

/Un véritable séisme politique s'est produit au Mexique le 6 juillet,
lors des élections. Pour la première fois depuis près de soixante-dix
ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a perdu la majorité
absolue à la Chambre des députés, le contrôle de plusieurs Etats ainsi
que la mairie de Mexico, qui revient à M. Cuauhtémoc Cardenas, leader du
Parti révolutionnaire démocratique (PRD), social-démocrate. Au Chiapas,
l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) n'a pas donné de
consignes précises à propos de ce scrutin et s'est retirée sous les
frondaisons de la forêt Lacandona, son sanctuaire. C'est de là que son
chef, le sous-commandant Marcos nous a fait parvenir cette analyse
originale et géostratégique de la nouvelle donne internationale./

par *le sous-commandant Marcos*, août 1997


« /La guerre est une affaire
d'importance vitale pour l'Etat,
c'est la province de la vie et de la mort,
le chemin qui conduit à la survie ou à l'anéantissement.
Il est indispensable de l'étudier à fond. »/

Sun Tse, /L'Art de la guerre./

 

Le néolibéralisme, comme système mondial, est une nouvelle guerre de
conquête de territoires. La fin de la troisième guerre mondiale, ou
guerre froide, ne signifie nullement que le monde ait surmonté la
bipolarité et retrouvé la stabilité sous l'hégémonie du vainqueur.
Car/,/s'il y a eu un vaincu (le camp socialiste), il est difficile de
nommer le vainqueur. Les Etats-Unis ? L'Union européenne ? Le Japon ?
Tous trois ? La défaite de l'« Empire du mal » ouvre de nouveaux
marchés, dont la conquête provoque une nouvelle guerre mondiale, la
quatrième.

Comme tous les conflits, celui-ci contraint les Etats nationaux à
redéfinir leur identité. L'ordre mondial est revenu aux vieilles époques
des conquêtes de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Océanie. Etrange
modernité qui avance à reculons. Le crépuscule du XXe siècle ressemble
davantage aux siècles barbares précédents qu'au futur rationnel décrit
par tant de romans de science-fiction.

De vastes territoires, des richesses et, surtout, une immense force de
travail disponible attendent leur nouveau seigneur. Unique est la
fonction de maître du monde, mais nombreux sont les candidats. D'où la
nouvelle guerre entre ceux qui prétendent faire partie de l'« Empire du
bien ».

Si la troisième guerre mondiale a vu l'affrontement du capitalisme et du
socialisme sur divers terrains et avec des degrés d'intensité variables,
la quatrième se livre entre grands centres financiers, sur des théâtres
mondiaux et avec une formidable et constante intensité.

La « guerre froide », la mal nommée, atteignit de très hautes
températures : des catacombes de l'espionnage international jusqu'à
l'espace sidéral de la fameuse « guerre des étoiles » de Ronald Reagan ;
des sables de la baie des Cochons, à Cuba, jusqu'au delta du Mékong, au
Vietnam ; de la course effrénée aux armes nucléaires jusqu'aux coups
d'Etat sauvages en Amérique latine ; des coupables manoeuvres des armées
de l'OTAN aux menées des agents de la CIA en Bolivie, où fut assassiné
Che Guevara. Tous ces événements ont fini par faire fondre le camp
socialiste comme système mondial, et par le dissoudre comme alternative
sociale.

La troisième guerre mondiale a montré les bienfaits de la « guerre
totale » pour le vainqueur : le capitalisme. L'après-guerre laisse
entrevoir un nouveau dispositif planétaire dont les principaux éléments
conflictuels sont l'accroissement important des no man's land (du fait
de la débâcle de l'Est), le développement de quelques puissances (les
Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon), la crise économique
mondiale et la nouvelle révolution informatique.

Grâce aux ordinateurs, les marchés financiers, depuis les salles de
change et selon leur bon plaisir, imposent leurs lois et leurs préceptes
à la planète. La « mondialisation » n'est rien de plus que l'extension
totalitaire de leurs logiques à tous les aspects de la vie. Naguère
maîtres de l'économie, les Etats-Unis sont désormais dirigés,
télédirigés, par la dynamique même du pouvoir financier : le
libre-échange commercial. Et cette logique a profité de la porosité
provoquée par le développement des télécommunications pour s'approprier
tous les aspects de l'activité du spectre social. Enfin une guerre
mondiale totalement totale ! Une de ses premières victimes est le marché
national. A la manière d'une balle tirée à l'intérieur d'une pièce
blindée, la guerre déclenchée par le néolibéralisme ricoche et finit par
blesser le tireur. Une des bases fondamentales du pouvoir de l'Etat
capitaliste moderne, le marché national, est liquidée par la canonnade
de l'économie financière globale. Le nouveau capitalisme international
rend les capitalismes nationaux caducs, et en affame jusqu'à l'inanition
les pouvoirs publics. Le coup a été si brutal que les Etats nationaux
n'ont pas la force de défendre les intérêts des citoyens.

La belle vitrine héritée de la guerre froide - le nouvel ordre mondial -
a été brisée en mille morceaux par l'explosion néolibérale. Quelques
minutes suffisent pour que les entreprises et les Etats s'effondrent ;
non pas à cause du souffle des révolutions prolétariennes, mais en
raison de la violence des ouragans financiers.

Le fils (le néolibéralisme) dévore le père (le capital national) et, au
passage, détruit les mensonges de l'idéologie capitaliste : dans le
nouvel ordre mondial, il n'y a ni démocratie, ni liberté, ni égalité, ni
fraternité. La scène planétaire est transformée en nouveau champ de
bataille où règne le chaos.

Vers la fin de la guerre froide, le capitalisme a créé une horreur
militaire : la bombe à neutrons, arme qui détruit la vie tout en
respectant les bâtiments. Mais une nouvelle merveille a été découverte à
l'occasion de la quatrième guerre mondiale : la bombe financière. A la
différence de celles d'Hiroshima et de Nagasaki, cette nouvelle bombe
non seulement détruit la /polis /(ici, la nation) et impose la mort, la
terreur et la misère à ceux qui y habitent, mais elle transforme sa
cible en simple pièce dans le puzzle de la mondialisation économique. Le
résultat de l'explosion n'est pas un tas de ruines fumantes ou des
milliers de corps inertes, mais un quartier qui s'ajoute à une
mégalopole commerciale du nouvel hypermarché planétaire et une force de
travail reprofilée pour le nouveau marché de l'emploi planétaire.

L'Union européenne vit dans sa chair les effets de la quatrième guerre
mondiale. La mondialisation a réussi à y effacer les frontières entre
des Etats rivaux, ennemis depuis des siècles, et les a obligés à
converger vers l'union politique. Des Etats-nations jusqu'à la
fédération européenne, le chemin sera pavé de destructions et de ruines,
à commencer par celles de la civilisation européenne.

Les mégapoles se reproduisent sur toute la planète. Les zones
d'intégration commerciale constituent leur terrain de prédilection. En
Amérique du Nord, l'Accord de libre échange nord-américain (Alena) entre
le Canada, les Etats-Unis et le Mexique précède l'accomplissement d'un
vieux rêve de conquête : « L'Amérique aux Américains ». Les mégapoles
remplacent-elles les nations ? Non, ou plutôt pas seulement. Elles leur
attribuent de nouvelles fonctions, de nouvelles limites et de nouvelles
perspectives. Des pays entiers deviennent des départements de la
méga-entreprise néolibérale, qui produit ainsi, d'un côté, la
destruction/dépeuplement, et, de l'autre, la
reconstruction/réorganisation de régions et de nations.

Si les bombes nucléaires avaient un caractère dissuasif, comminatoire et
coercitif lors de la troisième guerre mondiale, les hyperbombes
financières, au cours de la quatrième, sont d'une autre nature. Elles
servent à attaquer les territoires (Etats-nations) en détruisant les
bases matérielles de leur souveraineté et en produisant leur
dépeuplement qualitatif, l'exclusion de tous les inaptes à la nouvelle
économie (par exemple, les indigènes). Mais, simultanément, les centres
financiers opèrent une reconstruction des Etats-nations et les
réorganisent selon la nouvelle logique : l'économique l'emporte sur le
social.

Le monde indigène est plein d'exemples illustrant cette stratégie :
M. Ian Chambers, directeur du Bureau pour l'Amérique centrale de
l'Organisation internationale du travail (OIT), a déclaré que la
population indigène mondiale (300 millions de personnes) vit dans des
zones qui recèlent 60 % des ressources naturelles de la planète. /« Il
n'est donc pas surprenant que de multiples conflits éclatent pour
s'emparer de leurs terres /(...). /L'exploitation des ressources
naturelles (pétrole et mines) et le tourisme sont les principales
industries qui menacent les territoires indigènes en Amérique /(1)./ »
/Après viennent la pollution, la prostitution et les drogues.

Dans cette nouvelle guerre, la politique, en tant que moteur de
l'Etat-nation, n'existe plus. Elle sert seulement à gérer l'économie, et
les hommes politiques ne sont plus que des gestionnaires d'entreprise.
Les nouveaux maîtres du monde n'ont pas besoin de gouverner directement.
Les gouvernements nationaux se chargent d'administrer les affaires pour
leur compte. Le nouvel ordre, c'est l'unification du monde en un unique
marché. Les Etats ne sont que des entreprises avec des gérants en guise
de gouvernements, et les nouvelles alliances régionales ressemblent
davantage à une fusion commerciale qu'à une fédération politique.
L'unification que produit le néolibéralisme est économique ; dans le
gigantesque hypermarché planétaire ne circulent librement que les
marchandises, pas les personnes.

Cette mondialisation répand aussi un modèle général de pensée.
L'/American way of life,/qui avait suivi les troupes américaines en
Europe lors de la deuxième guerre mondiale, puis au Vietnam et, plus
récemment, dans le Golfe, s'étend maintenant à la planète par le biais
des ordinateurs. Il s'agit d'une destruction des bases matérielles des
Etats-nations, mais également d'une destruction historique et
culturelle. Toutes les cultures que les nations ont forgées - le noble
passé indigène de l'Amérique, la brillante civilisation européenne, la
sage histoire des nations asiatiques et la richesse ancestrale de
l'Afrique et de l'Océanie - sont corrodées par le mode de vie américain.
Le néolibéralisme impose ainsi la destruction de nations et de groupes
de nations pour les fondre dans un seul modèle. Il s'agit donc bien
d'une guerre planétaire, la pire et la plus cruelle, que le
néolibéralisme livre contre l'humanité.

Nous voici face à un puzzle. Pour le reconstituer, pour comprendre le
monde d'aujourd'hui, beaucoup de pièces manquent. On peut néanmoins en
retrouver sept afin de pouvoir espérer que ce conflit ne s'achèvera pas
par la destruction de l'humanité. Sept pièces pour dessiner, colorier,
découper et tenter de reconstituer, en les assemblant à d'autres, le
casse-tête mondial.

La première de ces pièces est la double accumulation de richesse et de
pauvreté aux deux pôles de la société planétaire. La deuxième est
l'entière exploitation du monde. La troisième est le cauchemar d'une
partie désoeuvrée de l'humanité. La quatrième est la relation
nauséabonde entre le pouvoir et le crime. La cinquième est la violence
de l'Etat. La sixième est le mystère de la mégapolitique. La septième,
ce sont les formes multiples de résistance que déploie l'humanité contre
le néolibéralisme.

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*PIÈCE NUMÉRO 1*

*/CONCENTRATION DE LA RICHESSE
ET RÉPARTITION DE LA PAUVRETÉ/*

*/
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/*

*/La figure 1 se construit en dessinant un signe monétaire./*

Dans l'histoire de l'humanité, divers modèles se sont disputé pour
proposer l'absurde comme marque de l'ordre mondial. Le néolibéralisme
occupera une place privilégiée lors de la remise des médailles. Sa
conception du « partage » de la richesse est doublement absurde :
accumulation des richesses pour quelques-uns, et de besoins pour des
millions d'autres. L'injustice et l'inégalité sont les signes
distinctifs du monde actuel. La Terre compte 5 milliards d'êtres
humains : 500 millions vivent confortablement, 4,5 milliards souffrent
de pauvreté. Les riches compensent leur minorité numérique grâce à leurs
milliards de dollars. A elle seule, la fortune des 358 personnes les
plus riches du monde, milliardaires en dollars, est supérieure au revenu
annuel de la moitié des habitants les plus pauvres de la planète, soit
environ 2,6 milliards de personnes.

Le progrès des grandes entreprises transnationales ne suppose pas
l'avancée des nations développées. Au contraire, plus ces géants
s'enrichissent, et plus s'aggrave la pauvreté dans les pays dits riches.
L'écart entre riches et pauvres est énorme ; loin de s'atténuer, les
inégalités sociales se creusent.

*/Ce signe monétaire que vous avez dessiné représente le symbole du
pouvoir économique mondial. Maintenant, donnez-lui la couleur vert
dollar. Négligez l'odeur nauséabonde ; cet arôme de fumier, de fange et
de sang est d'origine./*

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*PIÈCE NUMÉRO 2*

*/GLOBALISATION
DE L'EXPLOITATION/*

*/
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/*

*/La figure 2 se construit en dessinant un triangle/*

L'un des mensonges néolibéraux consiste à dire que la croissance
économique des entreprises produit une meilleure répartition de la
richesse et de l'emploi. C'est faux. De même que l'accroissement du
pouvoir d'un roi n'a pas pour effet un accroissement du pouvoir de ses
sujets (c'est plutôt le contraire), l'absolutisme du capital financier
n'améliore pas la répartition des richesses et ne crée pas de travail.

Pauvreté, chômage et précarité sont ses conséquences structurelles.

Dans les années 60 et 70, le nombre de pauvres (définis par la Banque
mondiale comme disposant de moins de 1 dollar par jour) s'élevait à
quelque 200 millions. Au début des années 90, leur nombre était de 2
milliards.

Davantage d'êtres humains pauvres et appauvris. Moins de personnes
riches et enrichies, telles sont les leçons de la pièce 1 du puzzle.
Pour obtenir ce résultat absurde, le système capitaliste mondial
« modernise » la production, la circulation et la consommation de
marchandises. La nouvelle révolution technologique (l'informatique) et
la nouvelle révolution politique (les mégapoles émergentes sur les
ruines de l'Etat-nation) produisent une nouvelle « révolution » sociale,
en fait une réorganisation des forces sociales, principalement de la
force du travail.

La population économiquement active (PEA) mondiale est passée de 1,38
milliard en 1960 à 2,37 milliards en 1990. Davantage d'êtres humains
capables de travailler, mais le nouvel ordre mondial les circonscrit
dans des espaces précis et en réaménage les fonctions (ou les
non-fonctions, comme dans le cas des chômeurs et des précaires). La
population mondiale employée par activité (PMEA) s'est modifiée
radicalement au cours des vingt dernières années. Le secteur agricole et
la pêche sont tombés de 22 % en 1970 à 12 % en 1990, le manufacturier de
25 % à 22 %, mais le tertiaire (commerce, transports, banque et
services) est passé de 42 % à 56 %. Dans les pays en voie de
développement, le tertiaire a crû de 40 % en 1970 à 57 % en 1990,
l'agriculture et la pêche chutant de 30 % à 15 % (2).

De plus en plus de travailleurs sont orientés vers des activités de
haute productivité. Le système agit ainsi comme une sorte de mégapatron
pour lequel le marché planétaire ne serait qu'une entreprise unique,
gérée de manière « moderne ». Mais la « modernité » néolibérale semble
plus proche de la bestiale naissance du capitalisme que de la
« rationalité » utopique. Car la production capitaliste continue de
faire appel au travail des enfants. Sur 1,15 milliard d'enfants dans le
monde, au moins 100 millions vivent dans la rue et 200 millions
travaillent - ils seront, d'après les prévisions, 400 millions en l'an
2000. Rien qu'en Asie, on en compterait 146 millions dans les
manufactures. Et, dans le Nord aussi, des centaines de milliers
d'enfants travaillent pour compléter le revenu familial ou pour
survivre. On emploie également beaucoup d'enfants dans les industries du
plaisir : selon les Nations unies, chaque année, un million d'enfants
sont jetés dans le commerce sexuel.

Le chômage et la précarité de millions de travailleurs dans le monde,
voilà une réalité qui ne semble pas à la veille de disparaître. Dans les
pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE), le chômage est passé de 3,8 % en 1966 à 6,3 % en 1990 ; en
Europe, il est passé de 2,2 % à 6,4 %. Le marché mondialisé détruit les
petites et moyennes entreprises. Avec la disparition de marchés locaux
et régionaux, celles-ci, privées de protection, ne peuvent supporter la
concurrence des géants transnationaux. Des millions de travailleurs se
retrouvent ainsi au chômage. Absurdité néolibérale : loin de créer des
emplois, la croissance de la production en détruit - l'ONU parle de
/« croissance sans emploi »./

Mais le cauchemar ne s'arrête pas là. Les travailleurs doivent accepter
des conditions précaires. Une plus grande instabilité, des journées de
travail plus longues et des salaires plus bas. Telles sont les
conséquences de la mondialisation et de l'explosion du secteur des services.

Tout cela produit un excédent spécifique : des êtres humains en trop,
inutiles au nouvel ordre mondial parce qu'ils ne produisent plus, ne
consomment plus et n'empruntent plus aux banques. Bref, ils sont
jetables. Chaque jour, les marchés financiers imposent leurs lois aux
Etats et aux groupes d'Etats. Ils redistribuent les habitants. Et, à la
fin, ils constatent qu'il y a encore des gens en trop.

*/Voilà donc une figure qui ressemble à un triangle, la représentation
de la pyramide de l'exploitation mondiale./*

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*PIÈCE NUMÉRO 3*

*/MIGRATION,
LE CAUCHEMAR ERRANT/*

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*/La figure 3 se construit en dessinant un cercle./*

Nous avons déjà parlé de l'existence, à la fin de la troisième guerre
mondiale, de nouveaux territoires (les anciens pays socialistes) à
conquérir, et d'autres à reconquérir. D'où la triple stratégie des
marchés : les « guerres régionales » et les « conflits internes »
prolifèrent ; le capital poursuit un objectif d'accumulation atypique ;
et de grandes masses de travailleurs sont mobilisées. Résultat : une
grande roue de millions de migrants à travers la planète. « Etrangers »
dans un monde « sans frontières », selon la promesse des vainqueurs de
la guerre froide, ils souffrent de persécutions xénophobes, de la
précarité de l'emploi, de la perte de leur identité culturelle, de la
répression policière et de la faim, quand on ne les jette pas en prison
ou qu'on ne les assassine. Le cauchemar de l'émigration, quelle qu'en
soit la cause, continue de croître. Le nombre de ceux qui relèvent du
Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a littéralement
explosé, passant de 2 millions en 1975 à plus de 27 millions en 1995.

La politique migratoire du néolibéralisme a davantage pour but de
déstabiliser le marché mondial du travail que de freiner l'immigration.
La quatrième guerre mondiale - avec ses mécanismes de
destruction-dépeuplement, reconstruction-réorganisation - entraîne le
déplacement de millions de personnes. Leur destinée est d'errer, leur
cauchemar sur le dos, afin de constituer une menace pour les
travailleurs disposant d'un emploi, un épouvantail de nature à faire
oublier le patron et un prétexte pour le racisme.

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*PIÈCE NUMÉRO 4*

*/MONDIALISATION FINANCIÈRE
ET GÉNÉRALISATION DU CRIME/*

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*/La figure 4 se construit en dessinant un rectangle./*

Si vous pensez que le monde de la délinquance est synonyme d'outre-tombe
et d'obscurité, vous vous trompez. Durant la période dite de guerre
froide, le crime organisé a acquis une image plus respectable. Non
seulement il a commencé à fonctionner comme une entreprise moderne, mais
il a aussi pénétré profondément les systèmes politiques et économiques
des Etats-nations.

Avec le début de la quatrième guerre mondiale, le crime organisé a
globalisé ses propres activités. Les organisations criminelles des cinq
continents se sont approprié l'« esprit de coopération mondial » et,
associées, participent à la conquête des nouveaux marchés. Elles
investissent dans des affaires légales, non seulement pour blanchir
l'argent sale, mais pour acquérir du capital destiné à leurs affaires
illégales. Activités préférées : l'immobilier de luxe, les loisirs, les
médias, et... la banque.

Ali Baba et les 40 banquiers ? Pis. Les banques commerciales utilisent
l'argent sale pour leurs activités légales. Selon un rapport des Nations
unies, /« le développement des syndicats du crime a été facilité par les
programmes d'ajustement structurel que les pays endettés ont été
contraints d'accepter pour avoir accès aux prêts du Fonds monétaire
international /(3)/ »./

Le crime organisé compte aussi sur les paradis fiscaux. Il y en a
quelque 55 - l'un d'eux, les »les Ca man, occupe la cinquième place
comme centre bancaire et possède plus de banques et de sociétés
enregistrées que d'habitants. Outre le blanchiment de l'argent sale, les
paradis fiscaux servent à échapper aux impôts. Ce sont des lieux de
contact entre gouvernants, hommes d'affaires et chefs mafieux.

*/Voici donc le miroir rectangulaire dans lequel légalité et illégalité
échangent leurs reflets. De quel côté du miroir se trouve le criminel ?
De quel côté celui qui le poursuit ?/*

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*PIÈCE NUMÉRO 5*

*/LÉGITIME VIOLENCE
D'UN POUVOIR ILLÉGITIME ?/*

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*/La figure 5 se construit en dessinant un pentagone./*

Dans le cabaret de la globalisation, l'Etat se livre à un strip-tease au
terme duquel il ne conserve que le minimum indispensable : sa force de
répression. Sa base matérielle détruite, sa souveraineté et son
indépendance annulées, sa classe politique effacée, l'Etat-nation
devient un simple appareil de sécurité au service des
méga/-/entreprises. Au lieu d'orienter l'investissement public vers la
dépense sociale, il préfère améliorer les équipements qui lui permettent
de contrôler plus efficacement la société.

Que faire quand la violence découle des lois du marché ? Où est la
violence légitime ? Où l'illégitime ? Quel monopole de la violence
peuvent revendiquer les malheureux Etats-nations quand le libre jeu de
l'offre et la demande défie un tel monopole ? N'avons-nous pas montré,
dans la pièce no 4, que le crime organisé, le gouvernement et les
centres financiers sont tous intimement liés ? N'est-il pas évident que
le crime organisé compte de véritables armées ? Le monopole de la
violence n'appartient plus aux Etats-nations : le marché l'a mis à
l'encan... Si la contestation du monopole de la violence invoque, non
les lois du marché, mais les intérêts de « ceux d'en bas », alors le
pouvoir mondial y verra une agression. C'est l'un des aspects les moins
étudiés (et les plus condamnés) du défi lancé par les indigènes en armes
et en rébellion de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN)
contre le néolibéralisme et pour l'humanité.

*/Le symbole du pouvoir militaire américain est le Pentagone. La
nouvelle police mondiale veut que les armées et les polices nationales
soient un simple corps de sécurité garantissant l'ordre et le progrès
dans les mégapoles néolibérales./*

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*PIÈCE NUMÉRO 6 *

/LA MÉGAPOLITIQUE
ET LES NAINS/

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*/La figure 6 se construit en faisant un gribouillage./*

Nous avons dit que les Etats-nations sont attaqués par les marchés
financiers et contraints de se dissoudre au sein de mégapoles. Mais le
néolibéralisme ne mène pas seulement sa guerre en « unissant » des
nations et des régions. Sa stratégie de destruction-dépeuplement et de
reconstruction-réorganisation produit, de surcroît, des fractures dans
les Etats-nations. C'est l'un des paradoxes de cette quatrième guerre :
destinée à éliminer les frontières et à unir des nations, elle provoque
une multiplication des frontières et une pulvérisation des nations.

Si quelqu'un doute encore que cette globalisation soit une guerre
mondiale, qu'il prenne en compte les conflits qui ont provoqué
l'éclatement de l'URSS, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie,
victimes de ces crises qui brisent les fondements économiques des
Etats-nations et leur cohésion.

La construction des mégapoles et la fragmentation des Etats sont une
conséquence de la destruction des Etats-nations. S'agit-il d'événements
séparés ? Sont-ce des symptômes d'une mégacrise à venir ? Des faits
isolés ? La suppression des frontières commerciales, l'explosion des
télécommunications, les autoroutes de l'information, la puissance des
marchés financiers, les accords internationaux de libre-échange, tout
cela contribue à détruire les Etats-nations. Paradoxalement, la
mondialisation produit un monde fragmenté, fait de compartiments
étanches à peine reliés par des passerelles économiques. Un monde de
miroirs brisés qui reflètent l'inutile unité mondiale du puzzle néolibéral.

Mais le néolibéralisme ne fragmente pas seulement le monde qu'il
voudrait unifier, il produit également le centre politico-économique qui
dirige cette guerre. Il est urgent de parler de la mégapolitique. La
mégapolitique englobe les politiques nationales et les relie à un centre
qui a des intérêts mondiaux, avec, pour logique, celle du marché. C'est
au nom de celle-ci que sont décidés les guerres, les crédits, l'achat et
la vente de marchandises, les reconnaissances diplomatiques, les blocus
commerciaux, les soutiens politiques, les lois sur les immigrés, les
ruptures internationales, les investissements. Bref, la survie de
nations entières.

Les marchés financiers n'ont que faire de la couleur politique des
dirigeants des pays : ce qui compte, à leurs yeux, c'est le respect du
programme économique. Les critères financiers s'imposent à tous. Les
maîtres du monde peuvent tolérer l'existence d'un gouvernement de
gauche, à condition que celui-ci n'adopte aucune mesure pouvant nuire
aux intérêts des marchés. Ils n'accepteront jamais une politique de
rupture avec le modèle dominant.

Aux yeux de la mégapolitique, les politiques nationales sont conduites
par des nains qui doivent se plier aux diktats du géant financier. Il en
sera toujours ainsi... jusqu'à ce que les nains se révoltent.

*/Voici donc la figure qui représente la mégapolitique. Impossible de
lui trouver la moindre rationalité./*

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*PIÈCE NUMÉRO 7*

*/LES POCHES
DE RÉSISTANCE/*

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*/La figure 7 se construit en dessinant une poche./*

« Pour commencer, je te prie de ne point confondre la Résistance avec
l'opposition politique. L'opposition ne s'oppose pas au pouvoir, et sa
forme la plus aboutie est celle d'un parti d'opposition ; tandis que la
Résistance, par définition, ne peut être un parti : elle n'est pas faite
pour gouverner, mais... pour résister. » (Tomás Segovia, Alegatorio,
Mexico, 1996.)

L'apparente infaillibilité de la mondialisation se heurte à l'obstinée
désobéissance de la réalité. Tandis que le néolibéralisme poursuit sa
guerre, des groupes de protestataires, des noyaux de rebelles se forment
à travers la planète. L'empire des financiers aux poches pleines
affronte la rébellion des poches de résistance. Oui, des poches. De
toutes tailles, de différentes couleurs, de formes variées. Leur seul
point commun : une volonté de résistance au « nouvel ordre mondial » et
au crime contre l'humanité que représente cette quatrième guerre.

Le néolibéralisme tente de soumettre des millions d'êtres, et veut se
défaire de tous ceux qui seraient « de trop ». Mais ces « jetables » se
révoltent. Femmes, enfants, vieillards, jeunes, indigènes, écologistes,
homosexuels, lesbiennes, séropositifs, travailleurs, et tous ceux qui
dérangent l'ordre nouveau, qui s'organisent et qui luttent. Les exclus
de la « modernité » tissent les résistances.

Au Mexique, par exemple, au nom du Programme de développement intégral
de l'isthme des Tehuantepec, les autorités voudraient construire une
grande zone industrielle. Cette zone comprendra des
« usines-tournevis », une raffinerie pour traiter le tiers du brut
mexicain et pour élaborer des produits de la pétrochimie. Des voies de
transit interocéaniques seront construites : des routes, un canal et une
ligne ferroviaire transisthmique. Deux millions de paysans deviendraient
ouvriers de ces usines. De même, dans le sud-est du Mexique, dans la
forêt Lacandone, on met sur pied un Programme de développement régional
durable, avec l'objectif de mettre à la disposition du capital des
terres indigènes riches en dignité et en histoire, mais aussi en pétrole
et en uranium.

Ces projets aboutiraient à fragmenter le Mexique, en séparant le Sud-Est
du reste du pays. Ils s'inscrivent, en fait, dans une stratégie de
contre-insurrection, telle une tenaille cherchant à envelopper la
rébellion anti-néolibérale née en 1994 : au centre, se trouvent les
indigènes rebelles de l'Armée zapatiste de libération nationale.

Sur la question des indigènes rebelles, une parenthèse s'impose : les
zapatistes estiment que, au Mexique, la reconquête et la défense de la
souveraineté nationale font partie de la révolution antilibérale.
Paradoxalement, on accuse l'EZLN de vouloir la fragmentation du pays. La
réalité, c'est que les seuls à évoquer le séparatisme sont les
entrepreneurs de l'Etat de Tabasco, riche en pétrole, et les députés
fédéraux originaires du Chiapas et membres du Parti révolutionnaire
institutionnel (PRI). Les zapatistes, eux, pensent que la défense de
l'Etat national est nécessaire face à la mondialisation, et que les
tentatives pour briser le Mexique en morceaux viennent du groupe qui
gouverne et non des justes demandes d'autonomie des peuples indiens.

L'EZLN et l'ensemble du mouvement indigène national ne veulent pas que
les peuples indiens se séparent du Mexique : ils entendent être reconnus
comme partie intégrante du pays, mais avec leurs spécificités. Ils
aspirent à un Mexique rimant avec démocratie, liberté et justice. Si
l'EZLN défend la souveraineté nationale, l'armée fédérale mexicaine,
elle, protège un gouvernement qui en a détruit les bases matérielles et
qui a offert le pays au grand capital étranger comme aux narcotrafiquants.

Il n'y a pas que dans les montagnes du Sud-Est mexicain que l'on résiste
au néolibéralisme. Dans d'autres régions du Mexique, en Amérique latine,

aux Etats-Unis et au Canada, dans l'Europe du traité de Maastricht, en
Afrique, en Asie et en Océanie, les poches de résistance se multiplient.
Chacune a sa propre histoire, ses spécificités, ses similitudes, ses
revendications, ses luttes, ses succès. Si l'humanité veut survivre et
s'améliorer, son seul espoir réside dans ces poches que forment les
exclus, les laissés-pour-compte, les « jetables ».

Cela est un exemple de poche de résistance, mais je n'y attache pas
beaucoup d'importance. Les exemples sont aussi nombreux que les
résistances et aussi divers que les mondes de ce monde. Dessinez donc
l'exemple qui vous plaira. Dans cette affaire des poches, comme dans
celle des résistances, la diversité est une richesse.

*
*  *

Après avoir dessiné, colorié et découpé ces sept pièces, vous vous
apercevrez qu'il est impossible de les assembler. Tel est le problème :
la mondialisation a voulu assembler des pièces qui ne s'emboîtent pas.
Pour cette raison, et pour d'autres que je ne peux développer dans ce
texte, il est nécessaire de bâtir un monde nouveau. Un monde pouvant
contenir beaucoup de mondes, pouvant contenir tous les mondes.

image 128 x 62

*Post-scriptum qui raconte des rêves nichés dans l'amour. *La mer repose
à mes côtés. Elle partage depuis longtemps des angoisses, incertitudes,
et de nombreux rêves, mais maintenant, elle dort avec moi dans la nuit
chaude de la forêt. Je la regarde onduler comme les blés dans mes rêves
et m'émerveille à nouveau de la retrouver inchangée : tiède, fraîche, à
mes côtés. L'étouffement me tire du lit et prend ma main et ma plume
pour ramener le vieil Antoine, aujourd'hui comme il y a des années...
J'ai demandé au vieil Antoine de m'accompagner dans une exploration en
aval du fleuve. Nous n'emportons qu'un peu de nourriture. Durant des
heures, nous poursuivons le cours capricieux, et la faim et la chaleur
nous saisissent. Nous passons l'après-midi à poursuivre une harde de
sangliers. Il fait presque nuit lorsque nous les rejoignons, mais un
énorme porc sauvage se détache du groupe et nous attaque. Je fais appel
à tout mon savoir militaire : je jette mon arme, et je grimpe à l'arbre
le plus proche. Le vieil Antoine reste impassible devant l'attaque et,
au lieu de courir, il se place derrière un taillis. Le gigantesque
sanglier, de toutes ses forces, fonce droit sur lui, et s'encastre dans
les branchages et les épines. Avant qu'il ne parvienne à se libérer, le
vieil Antoine lève sa vieille carabine, et, d'un coup, fournit le repas
du soir. A l'aube, lorsque j'ai fini de nettoyer mon moderne fusil
automatique (M-16, calibre 5,56 mm avec sélecteur de cadence et une
portée réelle de 460 mètres, une mire télescopique, et un chargeur de 90
balles), je rédige mon Journal de campagne. Omettant ce qui est arrivé,
je note seulement : /« Avons rencontré sanglier et A. a tué une pièce.
Hauteur 350 mètres. Il n'a pas plu. »/

Pendant que nous attendons que la viande grille, je raconte au vieil
Antoine que ma part servira pour les fêtes qu'on prépare au campement.
/« Des fêtes ? »,/me demande-t-il, pendant qu'il attise le feu. /« Oui,
/lui dis-je. /Quel que soit le mois, il y a toujours quelque chose à
fêter. »/Et je poursuis par une brillante dissertation sur le calendrier
historique et les célébrations zapatistes. Le vieil Antoine m'écoute en
silence ; imaginant que cela ne l'intéresse pas, je m'installe pour
dormir. Plongé dans mes rêves, je vois le vieil Antoine saisir mon
cahier et y écrire quelque chose. Le lendemain, après le petit déjeuner,
nous partageons la viande, et chacun s'en va de son côté. Une fois au
campement, je fais mon rapport et je montre le cahier pour qu'on sache
ce qui s'est passé. /« Ce n'est pas ton écriture »,/me dit-on en me
montrant la feuille du cahier. Là, après ce que j'avais noté moi-même,
le vieil Antoine a écrit en grosses lettres :/« Si tu ne peux pas avoir,
et la raison, et la force, choisis toujours la raison et abandonne à
l'ennemi la force. Dans de nombreuses batailles, la force permet
d'obtenir la victoire, mais une guerre ne se gagne que grâce à la
raison. Le puissant ne pourra jamais tirer de la raison de sa force,
tandis que nous pourrons toujours tirer force de notre raison. »/

Et plus bas, en petits caractères : /« Joyeuses fêtes. »/

Evidemment, je n'avais plus faim. Les fêtes zapatistes, comme
d'habitude, furent effectivement joyeuses.

*le sous-commandant Marcos*

Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), Chiapas, Mexique.
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